                               PROLOGUE

Le rcit que vous allez lire, c'est un rsum de ce qui s'est pass il y a et depuis 30 ans dans la communaut amateur de la grande rgion mtropolitaine. Le rcit de la naissance et de la mise en fonction du rpteur VE2XW, maintenant VE2RMB.

Un rcit de ce genre est ncessairement incomplet, car essayer de couvrir une priode de 25 ans en quelques pages n'est pas chose facile. Alors, je vous demanderais de bien vouloir excuser les oublis et les omissions.

Vous voudrez bien aussi excuser le fait que j'ai d employer la premire personne du singulier plus souvent que je l'aurais voulu. Ayant particip  toutes les tapes de cette histoire, il m'tais souvent difficile de faire autrement. De plus,  j'aurais tout aussi bien pu utiliser l'histoire de presque n'importe quel rpteur du Qubec et ca aurait t sensiblement le mme rcit, seuls les acteurs tant diffrents.

Je vais essayer de vous raconter cette belle histoire comme si j'avais t un tmoin privilgi de cette longue priode de plus  d'un quart de sicle en tchant de n'oublier personne, acteurs aussi bien que spectateurs, car n'eut t de la confiance sans limite et du support indfectible des radio-amateurs de la rgion mtropolitaine tout aussi bien que des autres rgions du Qubec, rien de tout cel n'aurait t possible. Jamais je ne me suis senti seul pour accomplir tout ce travail.

Un bien sincre merci  vous tous, qui en avez t les acteurs principaux. Cette histoire, c'est aussi votre histoire.


Jean-Guy Renaud, VE2AIK
Juillet 1992        


                     NAISSANCE D'UN RPTEUR

 Tout commence par une ide, et pour que cette ide se ralise, il suffit d'y croire fermement, de la mettre en route et de persvrer assez longtemps pour qu'elle devienne ralit. 


 VE2XW est n en juin 1968 aprs une  longue et pnible gestation.  Au cours de l'hiver 1967, j'avais dcid, de concert avec Jean Choquette VE2KL, d'installer un rpteur bien  nous.

 Je vous dit tout de suite que je n'avais aucune ide dans quel bateau je m'embarquais, ni dans quelle aventure  j'embarquais mon ami Jean. a fait 30 ans dj. 

L'ide d'un rpteur, c'tait avant tout d'avoir un systme bien  nous, les amateurs francophones de la rgion mtropolitaine. Il n'existait pas  cette poque de club pouvant prendre en main un tel projet. Le Cercle des Amateurs Canadiens-Franais de TSF et Vido, qui avait t un des premiers clubs de radio du Qubec, avait rendu l'me, faute d'animateurs et peut-tre aussi,  cause de l'arrive de la tlvision au dbut des annes 50.

Les quelques amateurs qui commenaient  oprer sur les rpteurs n'en avaient que deux ou trois  leur disposition:

   VE2MT, dont l'antenne de rception tait situe quelque part sur le Mont-Royal, dans la demeure de Corey Thompson  VE2IR, alors co-propritaire de CKVL, L'antenne d'mission tait situe dans le chalet de cette mme montagne. Le rcepteur et l'metteur taient runis par une ligne tlphonique.

 VE2MT, qui tait la proprit du MARC (Montral Amateur Radio Club), et dont Murray Epstein VE2AUU,  tait le titulaire, avait une particularit: il tait jumel  un lien VHF dont l'indicatif tait VE2ZO. Ce lien reliait VE2MT au rpteur  VE2TA au Mont Orford. 

Ce dernier rpteur avait t install par le frre de Murray Epstein, Seymour. Et devinez comment on ouvrait le lien? On sifflait dans le micro durant quelques secondes, et subito presto, on tait en contact avec Orford. La frquence audio du sifflet n'tait pas importante. Quand la conversation tait termine avec Orford, on sifflait de nouveau, et instantanment, on tait de retour  Montral. Le lien tait referm. Ce fut trs probablement le premier lien amateur au Canada.

C'tait VE2MT. Et c'tait le rpteur que nous utilisions quand l'lment anglais nous en laissait la chance. Il va de soi que nous tions tolrs parce que plusieurs amateurs francophones taient membres du MARC. Rappelez-vous, il n'y avait plus de club francophone  Montral depuis la fin des annes 50.

Il y avait aussi  cette poque VE2RM de Rigaud, opr par un groupe de radio amateurs anglophones qui s'taient forms en compagnie limite sans but lucratif, sous le nom de VE2RM Inc.
Cette organisation existe toujours d'ailleurs. Ce rpteur tait peu frquent par les francophones de la rgion. Et voil, c'tait les installations qui existaient au dbut des annes 60. Aucun de ces rpteurs n'avaient t installs par des amateurs francophones.

Un bon matin, j'tais en conversation sur VE2MT, avec Jean Choquette VE2KL, et Jean Boisvert VE2BLD quand se joint  nous un vieil ami, Ernest VE2ATE. VE2BLD et VE2ATE taient des habitus de la bande de deux mtres en direct  et ils avaient joint depuis peu le petit noyau des usagers du rpteurs. 

Ernest n'avait eu que le temps de donner son indicatif quand  soudain, une voix qui parlait franais avec un fort accent demande la frquence. Je ne me souviens plus de l'indicatif de la voix en question, mais ce n'est pas important pour la suite de l'histoire.

La voix dit  Ernest qu'il en cotait 5 dollars pour se servir de ce rpteur, qui tait la proprit du club MARC, et qu'on commenait  trouver en haut lieu qu'on occupait passablement la frquence, nous les mmres francophones. videment, a devait bien arriver un jour quand on connat la volubilit proverbiale des amateurs de langue franaise.

Ce fut le plus court contact que mon ami Ernest VE2ATE, n'a jamais fait sur un rpteur. Et ce contact avait failli lui coter 5,00$! On s'est repris par la suite. Le reste du voyage vers le bureau se fit dans un trs lourd, et trs ennuyant silence.

Un peu frustr de ce qui venait de se produire, une fois arriv au bureau, je tlphone  mon ami Jean VE2KL, et lui fait part d'un projet de rpteur  l'usage de l'lment francophone. 

Je demande  Jean:
 
-"Sais-tu comment a marche un rpteur?" 
-"Non! Et toi?
-"Moi non plus!"
-"Sais-tu o on peut trouver a?" 
-"Non! Et toi?" 
-"Moi non plus!" 
-"Laisse-moi penser  tout a on s'en reparle dans une couple    de jours". J'ai referm l'appareil tlphonique un peu        songeur. 

 Jean oprait sur la bande du deux mtres avec un vieux 41V, antiquit qu'avait jadis fabriqu la compagnie Motorola et dont le haut voltage tait gnr par un vibrateur. C'tait un radio extrmement sensible  manipuler. Les fils qui runissaient les diffrents circuits taient si fragiles qu'ils se brisaient au moindre mouvement. On disait en coulisse que cet appareil avait t dessin par quelques ingnieurs de Motorola sur une serviette de table dans une brasserie  la suite d'un party ou la bire avait coul  flot. C'tait loin d'tre la 8e merveille du monde, et mon ami Jean,  force de patience, avait russi  le faire fonctionner convenablement.

Les jeunes amateurs n'ont pas eu la chance de connatre a ce genre de bidule, un vibrateur. Mon radio  moi tait un Motorola aussi, mais quelques annes plus jeune et son haut voltage tait gnr par un dynamoteur. Le mot le dit: dynamo et moteur. a faisait un tapage d'enfer et de plus a prenait toutes les ressources de la batterie juste pour le faire dmarrer. Environ 90 ampres au dpart et par la suite, entre 20 et 30 ampres selon la puissance de sortie RF.

 Ces appareils portaient des numros de modles exotiques: 80D, 41V, 43GGV, 43GGT, DT45, DT23, etc. et ils avaient tous un point en commun: ils taient nergivores car leurs entrailles abritaient entre 15 et 40  lampes de radio. 

Dfense absolue de les oublier allums le soir sinon, impossible de dmarrer l'auto le lendemain. 

Ils avaient aussi un autre point en commun: la plupart n'opraient que sur une seule frquence. Certains en avaient deux et comble de luxe, parfois on en dnichait qui venaient de Bell Canada avec trois frquences. Le grand luxe! Ceux-l cotaient au moins 50,00$ car les autres, on pouvait les obtenir  partir de rien jusqu' 20,00$. Les cristaux cotaient 4,00$ chacun. Un peu de bricolage et on tait sur les ondes pour moins de 60,00$

En ces temps-l et depuis toujours d'ailleurs, Payette Radio tait le refuge des amateurs pendant l'heure du dner. On se ramassait en face du comptoir des amateurs vers midi, et bientt on tait une dizaine  placoter avec Adrien Plamondon VE2AN, maintenant dcd ou avec Roland Masse VE2PX. 

Pour les plus vieux qui ont connu cette poque, il y avait aussi Monsieur Grgoire, un commis gnral chez Payette qui se joignait  la conversation et qui aimait bien les amateurs. On se sentait vraiment chez soi dans ce magasin un peu vtuste pour ne pas dire antique. 

Par un de ces midis ou il y avait rassemblement devant le comptoir des amateurs chez Payette, j'y rencontre Yvon Dionne VE2ARS, qui avait t justement le dernier prsident du club francophone  Montral. Je lui fais part de mon projet de rpteur. Yvon travaillait pour Hydro-Qubec justement au dpartement des tlcommunications. Il me dit: "Appelle donc un certain monsieur Gendron au bout de l'le. Je crois qu'il vient de recevoir  des appareils qui doivent tre vendus sur appel d'offre.

Je n'ai pas tlphon  monsieur Gendron. A la place, je me suis rendu immdiatement au bout de l'le. 

J'arrive  l'entrept o monsieur Gendron me reoit chaleureusement. Je n'ai su que plus tard pourquoi il tait si chaleureux. Il avait comme par hasard, tout un lot de vieux mobiles dont il voulait se dbarrasser. 

Mais il y avait un problme: il fallait les acheter tous d'un seul bloc. Il y avait une dizaine de 80D fabriqus jadis par Motorola, 5 DT-45, trs propres, d'apparence du moins, fabriqus aussi jadis par Marconi et 4 carphone 150 fabriqus par RCA en plus de tout un lot de ferrailles dont il ne savait que faire. Moi non plus d'ailleurs.

Je fais une offre d'achat en bonne et due forme sur papier officiel de l'Hydro. Mon projet tait de dmonter ces vieux quipements et d'en fabriquer un rpteur. Quelle innocence!

Quelques semaines plus tard je reois un coup de tlphone de M. Gendron m'annonant que j'tais devenu l'heureux propritaire d'un plein camion de vieilles affaires et me priant, avec une certaine insistance, de bien vouloir aller vider la place au plus sacrant. 

Nous n'avions pas t trs nombreux  soumissionner sur ce lot  de vieux mobiles dont personne ne voulait et voil que je me retrouvais propritaire de toute cette belle marchandise qui finirait par se retrouver dans mon sous-sol. J'avais pay pour le tout la somme formidable de 50,00$! C'est donc vous dire  quel point je ne comptais pas en devenir propritaire. Mais que faire avec cette montagne de mobiles, ttes de contrles, bouts d'antennes, contrles  distances, relais, et j'en passe... 

Je fais venir mon ami Jean et on examine le tout. Il s'avrait peu pratique de dmonter tout a mais a pouvait tre remis en marche avec un peu de travail, tre revendu avec profit et avec ces profits peut-tre acheter un vrai rpteur dont on voyait passer les annonces dans les revues amateurs comme QST ou CQ. Ce scnario nous permettait ne pas toucher au budget de nos pouses respectives et de protger ainsi la paix parfois prcaire de nos mnages. 

On s'installe pour faire fonctionner ces antiquits: tout un contrat! Je peux maintenant vous dire que, du moins durant cette priode, l'Hydro-Qubec ne jetait pas ses choux gras. Ces quipements, qui avaient l'air d'avoir t  la guerre avaient t cannibaliss  un point tel que si on les avait remis en marche en achetant les pices chez Payette il aurait fallu les vendre le mme prix que Motorola les avait vendus lorsqu'ils taient neufs. 

Mais avec un peu d'ingniosit et beaucoup de patience, on en vint quand mme  bout. De plus, a nous avait  fait une banque de pices pour ce qui devait suivre. 

Lors de ma visite  M. Gendron, je lui avais demand dans ma candeur nave s'il lui tait arriv de vendre un rpteur. Il m'avait dit qu'il avait vendu, quelques semaines auparavant, pour la somme de 45,00$, une grosse armoire avec les lampes et des relais  un bonhomme qui possdait un bateau quelque part dans une marina du bout de l'le. 

Il ne se souvenait pas de son nom mais se souvenait que le gars lui avait dit qu'il avait besoin du cabinet mtallique pour le transformer en armoire dans son bateau. Le reste de l'quipement, attach au bout d'un grand cble, pourrait tre utilis comme ancre. 

Il se souvenait aussi que le bateau tait quelque part dans une marina de Pointe-aux-Trembles.  Aprs une visite  la marina en question, je n'avais pas trouv mon bonhomme mais j'avais laiss ma carte de visite, au cas o! 

Quelques jours plus tard je reois un appel tlphonique d'un type qui me dit qu'il avait achet une armoire  l'Hydro, que c'tait rempli de lampes et que le responsable de la marina lui avait donn ma carte. 

Il me dit qu'il avait chang d'ide au sujet de l'armoire  bateau, qu'il avait dj une ancre de bonne qualit, et qu'il se dbarrasserait volontiers de la chose qui encombrait son garage.

 Je tlphone  Jean. Il tait absent. Je me mets donc en route pour Pointe-aux-Trembles et merveille des merveilles! je vois pour la premire fois de ma vie un vrai rpteur grandeur nature et en libert... plus que provisoire, dont la hauteur galait la mienne, et dont le poids tait aussi gal au mien. Six pieds de haut et 175 livres!

Je demande timidement  ce monsieur, prenant l'air le plus dtach du monde, combien valait ce tas de ferraille. 

-"45,00$" qu'il me dit. 
-"C'est votre meilleur prix?" 
-"C'est le prix que je l'ai pay", qu'il me rpond, "et en 	plus, j'ai t oblig de payer pour le faire transporter ici!" "Oui, je comprends!" Je n'ai pas essay de marchander car Gendron m'avait dit le prix qu'il avait vendu cette ferraile.

Et voil l'armoire transporte dans la valise de la Plymouth. Il y avait un grand bout qui dpassait  l'extrieur de la valise. Et en route pour Saint-Bruno, voyage accompli sans plus de dommages qu'une vitre brise. 

Aussitt arriv chez moi, je re-tlphone  VE2KL pour deux raisons: Primo, je ne voulais pas descendre cette armoire tout seul dans ma cave et secondo, j'avais trs hte de lui annoncer que je venais de dnicher un  vrai rpteur, de marque Motorola, qui semblait en assez bonne condition. 

Jean accourt aussitt aussi heureux que moi de cette dcouverte.

Ce fut le dbut d'une vie nouvelle pour Jean et moi et possiblement pour nos pouses qui durent passer quelques nuits toutes seules  se demander ce que nous pouvions bien mijoter. Plusieurs soirs par semaine, on fouillait dans les entrailles de ce gros cabinet, moi en avant, Jean en arrire, ou vice versa. On ne voyait plus le temps passer au point qu'on commenait srieusement  confondre la nuit avec le jour. 

On avait fait venir des cristaux sur la bande de deux mtres et on essayait de faire fonctionner ce monstre en essayant de tirer parti de la plus petite parcelle de nos connaissances, qui, devrais-je le dire, n'taient pas trs impressionnantes, en ce qui me concerne du moins. Jean avait emprunt  Radio Canada un test set Motorola et m'initiait aux joies de la radio communication. 

Ces sances de travail duraient habituellement jusqu' une heure avance de la nuit. On s'tait d'abord attaqus  l'metteur et on avait russi  lui tirer environ 25 watts mais l'tage final, une 5894 qui pouvait normalement en fournir au moins 60 en voyait de toutes les couleurs, surtout la couleur rouge. Ce que nous avons pu en brler des 5894,  force de les faire rougir.

Puis ce fut au tour du rcepteur. Un 80-D Motorola avec des petits tuyaux dans l'tage d'entre RF qui refusaient obstinment de rsonner dans la bande amateur. De plus, un problme majeur dans le circuit de squelch rendait ce rcepteur muet comme une carpe. 

Aprs quelques jours, je devrais plutt dire quelques nuits  de travail acharn et infructueux, on a pris, Jean et moi, la dcision de prendre un des rcepteur dans le lot de mobiles prcdemment achet de l'Hydro. On avait pas pens que ces mobiles fonctionnaient sur 12 volts alors que le rcepteur origimal du rpteur fonctionnait sur 6 volts. On tait quand mme pas pour se laisser arrter par un pauvre petit 6 volts de diffrence... 

On s'installe donc  la tche de modifier le circuit des filaments de 12  6 volts, ce qui n'tait pas une sincure  et on rallume. On pose le cristal et enfin, a syntonise. Si je me souviens, c'est vers cette poque que j'ai commenc  perdre mes cheveux.

Entre temps, une  demande de licence avait t transmise  Communications Canada et les cristaux, dont les frquences avaient t choisies avec soin en consultation avec quelques experts locaux, dont Murray VE2AUU, taient arrivs. La frquence de l'metteur tait 147.600 et la frquence du rcepteur de 146.700 pour un espacement de 900 kilohertz.  L'espacement de 600 Khz n'avait pas encore t dcrt par l'ARRL. On en parlait un peu dans les magazines, mais personne ne voulait prendre l'initiative.

Mais, notre choix de frquences avait t une grave erreur. La frquence de rception choisie tait prcisment la mme que la frquence nationale de radio tltype, RTTY, sur 2 mtres. a on ne le savait pas. Et personne ne nous l'avait dit. 

a devait plus tard nous causer de srieux ennuis une fois le rpteur install sur le Mont Saint-Bruno quand un amricain du Vermont s'est mis  mettre en RTTY  146.700. 

Il tait reu au rcepteur comme une station locale et il tait retransmit de mme  la sortie. Le problme s'est rgl de lui-mme quand on a d dmnager sur une autre frquences lors de la standardisation dcrte par l'ARRL et accepte par le Canada.

Durant tout ce temps, on continuait  se servir de VE2MT. Et on en avait profit pour publiciser la nouvelle que bientt il y aurait un rpteur  l'usage des amateurs de la rgion de Montral, plus prcisment  Saint- Bruno, mais on sentait un certain scepticisme. Mme si les frquences taient connues,  trs peu d'amateurs avaient command des cristaux ou achet des vieux mobiles. 

Mis  part les quelques pionniers du deux mtres qui faisaient du direct en modulation d'amplitude, avec des beams polariss horizontalement, en utilisant trs peu de puissance, cette bande demeurait  peu prs inconnue et sous-utilise. D'o le peu d'enthousiasme  investir quelques dollars dans l'achat de cristaux pour un rpteur qui n'tait qu'une promesse. Une ide un peu folle dans nos ttes,  Jean et moi.  

Mais nous allions quand mme de l'avant malgr le peu d'intrt manifest. Quand on avait fini de fouiller dans les entrailles de l'armoire on remettait en tat  des vieux mobiles et on les vendait au prix fabuleux de 50,00$ incluant une paire de cristaux, installs et syntoniss. Quand on avait fait un profit de dix dollars sur un mobile, on pouvait se compter chanceux. 

Les profits gnrs par la vente de ces quipements nous ont beaucoup aid  ne pas trop grever nos budgets familiaux respectifs  et  financer l'aventure. Et je n'exagre pas en disant "aventure"!

Entre temps, ma rputation de revendeur d'quipement usag avait fait le tour de la province grce  nos prsences rgulires sur VE2TA. Je recevais la visite des amateurs de toutes les rgions de la province qui venaient s'approvisionner en pices de tous genre.

 C'est justement  cette poque que j'eus l'ide de faire signer un livre de visiteurs aux amateurs qui venaient me rendre visite. J'en suis rendu aujourd'hui  plus de 800 signatures dont certaines me rappellent de trs beaux souvenirs.

De plus, on me connaissait de plus en plus  l'Hydro comme tant un excellent client. Ds qu'ils recevaient un lot de vieux radios j'tais certain d'en tre averti et j'achetais  peu prs tout ce qu'ils vendaient en quipement de tlcommunication.
 	
Je n'avais pas beaucoup de comptition dans l'achat de ces quipements. Un jour, j'ai mme reu un appel du bureau de l'Hydro  Trois-Rivires me disant qu'ils avaient une centaine de vieux Motorola modle 43GGV et GGT. 

Je loue une remorque et part pour Trois-Rivires en prendre possession. Il y avait tellement de vieux mobiles dans mon garage que je ne pouvais plus utiliser celui-ci pour y garer mon auto. Ils y taient empils ple-mle. J'avais aussi fait le tour des compagnies de radio mobiles, comme Motorola et Marconi, afin de ramasser tout ce qu'ils pouvaient jeter eux aussi. Je m'tais presque transform en quteux afin de mettre en onde le plus tt possible ce rpteur tant attendu.  

Un jour je reois un appel de la compagnie Marconi. Ils avaient 250 DT-23  donner en deux temps. Dans l'immdiat un premier lot de 125 tait disponible mais  une seule condition: ils ne voulaient plus en entendre parler. Jamais.

Je vais donc prendre livraison des 125 radios et les annonce  2,00$ chacun, tout en avertissant les amateurs de ne pas communiquer avec Marconi pour avoir les diagrammes ou autres pices. 

Marconi s'en tait dbarrass pour ne plus jamais les revoir. Pour ceux qui ont connu le DT-23, je n'ai pas  insister sur les raisons pour lesquelles Marconi ne voulait plus rien savoir. 

Mais, comme toujours, ils ont reu au moins 50 appels pour des diagrammes et des pices. Moi je n'en reus qu'un seul de Marconi: "T'en aura plus de radios. Ceux qui restent on les a simplement jets  la poubelle. On veut plus tre achals".  

Voil une belle source d'quipement pas cher qui venait de se tarir. Le microphone de cet appareil  lui seul valait bien au moins deux dollars.

Revenons au rpteur. Un rpteur, c'est pas autre chose qu'un rcepteur et un metteur. Le problme vient du fait qu'ils doivent fonctionner en mme temps dans un espacement de frquences plutt troit. 

Quand un metteur fonctionne dans le mme cabinet qu'un rcepteur, que pensez-vous qu'il arrive? 

On observe le phnomne de dsensibilisation. Le mot est long. Le problme est gros. On dcouvre soudainement qu'il faudrait des cavits, ou un duplexeur, ou un multi-coupleur pour isoler les signaux entre l'metteur et le rcepteur. C'est quoi a, un duplexeur? 

Moi j'en avais jamais vu et Jean non plus probablement. Et en acheter un aurait cot au moins 1200.00 beaux dollars. Dollars qu'on n'avait videmment pas, il va sans dire. Un jour, lors d'une conversation sur VE2TA, j'entend parler que le cur de Beaupr, Maurice Lebel, VE2AVL, fabriquait des cavits  dans son presbytre. Je tlphone  ce monsieur qui tente alors patiemment de m'expliquer le mieux possible, comment il fallait s'y prendre pour fabriquer un duplexeur. Je n'ai pas compris grand chose mais je lui dit de ne pas bouger, que je serais  Beaupr ds le lendemain matin. Pour ceux qui ne savent pas o est situ le village de Beaupr, c'est le village suivant de Ste Anne de Beaupr,  une trentaine de milles  l'est de Qubec.

Finalement aprs un bref expos et surtout, aprs avoir vu ce gros tuyau de 4 pouces de diamtre 21 pouces de longueur et dont la tige intrieure pouvait tre allonge ou raccourcie, j'ai enfin compris que mon passe temps venait de prendre une autre orientation. Je devrais rapidement devenir machiniste. Si, au moins,  cette poque, j'avais connu Luc, VA2LUK. Mais, il y a trente ans, notre ami Luc ne devait pas tre bien vieux. Mais on a rien sans peine. Les leons de Maurice Lebel, cur fabriquant de cavit, avaient port fruit. 

Je lanais un appel sur les ondes pour me procurer deux anciens frquence-mtres de l'aviation dont le circuit rsonnant couvrait la gamme de frquences 150-200 Mhz que j'obtins sans peine car personne ne savait quoi faire avec a. 

Aprs modification, je russis  faire rsonner ces deux superbes pices de mtal sur les frquences du deux mtres. Mais a n'avait pas t sans mal et de plus, a n'avait pas compltement enlev la dsensibilisation. a l'avait rduite un peu. Le rcepteur tait tellement aveugl par le signal de l'metteur, qu'on arrivait  peine  couvrir la distance mirobolante de 5 milles. Quand on fermait l'metteur on augmentait la porte du rcepteur  plus de 30 milles.

La solution c'tait d'loigner le plus possible les deux antennes mais dans le sens vertical. Il fallait une sparation d'au moins 30 pieds et le poteau qu'on avait obtenu mesurait au total cette longueur. Un antenne  terre l'autre en haut du poteau. Pas trs efficace comme solution! 

Il faut dire ici que l'antenne du rcepteur tait une Cushcraft J-pole de quatre lments qui nous avait t donne par Roland Masse, VE2PX et Payette Radio et qui mesurait une vingtaine de pieds de longueur. L'antenne de transmission tait une Mosley 5/8 de longueur d'onde, aussi donne par Payette. Le poteau de 30 pieds nous avait t donn par Albert Iezzi, VE2BVI de Bell Canada et Albert avait mme pouss l'amabilit jusqu' le faire livrer dans mon entre de garage. On avait russi  le planter sur mon terrain avec l'aide des voisins, mais il n'tait pas assez long. 

Entre temps, par l'entremise de Roger Casavant, VE2BBR, j'avais russi  vendre un de mes mobiles reconvertis  Jean Lord, VE2PL. Quand il tait venu en prendre livraison je lui avais fait part de mon problme de hauteur. Jean me dit qu'il avait une solution. Rallonger le poteau. Il retourne  sa boutique  Longueuil et quelques jours plus tard, revient avec  des ferrures d'acier qu'il avait fabriqu pour encercler le poteau en bois, ferrures dans lesquelles on glisserait un tuyau de 40 pieds de longueur et de 4 pouces de diamtre et dont il faisait cadeau au petit groupe que nous tions devenus. Dans ces annes-l, un tuyau de cette longueur devait bien coter 300,00$ ou 400,00$. 

Grimper dans le poteau de bois tait devenu un jeu d'enfant, mais rendu  la base du tuyau de 40 pieds qu'est-ce qu'on fait? Il fallait aller attacher l'antenne J-ple de 20 pieds, suivie d'un bout de tuyau de 2 pouces auquel tait attache l'antenne de 5/8 tout en haut. 

C'est Jacques VE2MT qui rsolut le problme. Il grimpa  bras-le-corps jusqu'en haut du tuyau de 4 pouces pour y installer la fameuse antenne. Son surnom de ti-singe date de cette poque. Laissez-moi vous dire que ceux qui voyaient cet chafaudage n'taient pas presss de commander leurs cristaux et encore moins de s'acheter un vieux mobile.

Ce fameux tuyau devait continuer, une fois install sur la montagne,  nous causer bien des maux de tte  chaque fois que nous devions descendre et remonter ce gigantesque mcano de 60 pieds de hauteur. Nous devions faire des tours de passe-passe acrobatiques pour atteindre l'antenne tout en haut.

Si bien qu'un jour, Romain Trudel, VE2DTR, nous avait invent et je dis bien invent, une espce d'escalier pour grimper dans le poteau d'aluminium.

Il s'agissait de collets qui encerclaient le dit tuyau et qui se barraient en place par le poids de celui qui y posait le pied. On installait le 2e collet un peu plus haut et on posait l'autre pied. On dmnageait le collet du bas un peu plus haut et ainsi de suite jusqu'au sommet.

Laissez moi vous dire que cet exercice n'tait pas de tout repos. Rendu tout en haut du tuyau, on tait si fatigu qu'on avait plus la force de travailler.

Nous avons d abandonner cette invention gniale quand on s'est rendu compte qu'on risquait de se casser la figure  chaque fois qu'on montait dans le tuyau car un jour, un des collets est redescendu tout seul sans attendre son utilisateur et celui-ci est demeur accroch tout en haut du tuyau, appuy sur un seul collet, incapable de redescendre.

Je ne vous dit pas comment on a rcupr notre homme, mais il n'a plus jamais voulu travailler pour nous par la suite, l'atterrissage ayant t plutt brutal, sous les applaudissements de la foule en dlire qui se bidonnait depuis un certain moment de voir notre homme chercher une autre solution qu'un atterrissage forc.

Finalement,  force de rgler les problmes un par un avec l'aide d'une multitude d'amateurs de la rgion, le signal du rpteur pouvait maintenant tre entendu au moins jusqu' Montral. 

Mais l'quipement tait toujours dans mon sous-sol et Jean Fortier, VE2AV qui se servait du rpteur jusqu' une heure avance de la nuit ainsi que beaucoup d'autres, faisait claquer les relais, qui faisaient un bruit d'enfer qui m'empchait de dormir. 

De plus, quand je voulais utiliser VE2TA ce n'tait pas possible si VE2XW tait en fonction. Mon quipement aussi tait sensible  la dsensibilisation.  J'ai rsolu ce problme en dmnageant le rpteur dans le garage. Je ne l'entendais plus la nuit mais a n'enlevait pas l'interfrence qu'il me causait quand je me servais de VE2TA. Je n'avais pas beaucoup d'autres choix que d'couter VE2XW.

Je passe sous silence toutes les modifications apportes durant les deux ou trois annes suivantes. Changement d'metteur, de rcepteur, de nombreuses lampes, de contrles. 

A la fin de la premire anne d'existence du rpteur, nous tions une quinzaine  l'utiliser. Au printemps 1971, deux ou trois ans plus tard, on tait rendu  70. Les dpenses taient maintenant dfrayes par des cotisations annuelles volontaires qui taient envoyes  Gaston Choquette, VE2KB, le meilleur comptable qu'une organisation d'amateurs n'ait jamais eu.
 
VE2KB tait le pre de Jean, VE2KL, mon compagnon de misre du dbut. Entre temps, Jean avait d abandonner  cause des nombreux voyages que lui occasionnait son travail  Radio Canada. Mais son soutien et ses connaissances  technique m'avaient permis d'acqurir une exprience prcieuse. Tout ce que j'avais appris sur les rpteurs et les quipements de radio communication, c'est lui qui me l'avait appris. 

Quand Gaston est dcd, c'est Jean-Robert Marion, VE2BYW, qui prit la relve. Lui aussi fut un excellent comptable car tout comme Gaston, il tait lui aussi employ au ministre du revenu fdral. Comme ils taient tous les deux habitus  prendre soin de nos finances personnelles par l'entremise de nos impts, il va sans dire que les finances de VE2XW taient entre bonne main.

Jean-Robert du abandonner cette fonction quand son employeur, le gouvernement fdral, l'a transfr  Shawinigan, mais il ne nous a jamais oubli. A chacune de ses visites  Montral, c'est toujours avec plaisir qu'il vient nous faire la jasette sur le rpteur dont il a tenu les cordons de la bourse durant quelques annes.

A Jean-Robert, un bien gros merci pour l'excellent travail accompli  cette poque.

Entre temps, plusieurs anciens amateurs qui n'avaient pas beaucoup d'affinits avec la bande de deux mtres s'taient laiss convaincre et s'taient joints  nous,  tels VE2OI Jean-Paul, VE2MB Jos Roy et VE2KC Paul Dubuc, tous maintenant dcds, ainsi que Aurle VE2DW qui est toujours prsent parmi nous et bien d'autres encore dont j'ai oubli le nom.

 De plus, Bernard VE2ACT, avait de sa propre initiative  commenc  annoncer les bonnes et les mauvaises nouvelles sur le rpteur, sous forme de communiqus, nouvelles qui intressaient au plus haut point la communaut amateur. Il le fait toujours d'ailleurs et ce depuis les tout dbut. Je crois que cette fidlit et cette constance sont uniques dans le monde amateur, et j'en profite ici pour remercier Bernard de son implication ininterrompue  depuis aussi longtemps. 

Mais je cherchais toujours une montagne. J'en avais une presque dans ma cour mais  cette poque tous les terrains du Mont Saint-Bruno taient proprit prive. Je m'tais promen jusqu' la tour de Bell Canada tout en haut, mais les dmarches entreprises dans cette direction s'taient avres ngatives. 

J'avais mme escalad la montagne tout en haut de Ste-Julie mais ce site, bien que favorable  une excellente couverture, n'tait pas pratique pour y installer de l'quipement tant pratiquement inaccessible et surtout, loin de toute source d'lectricit.  

Par un beau samedi aprs-midi je rencontre par hasard un ancien confrre de Radio-Canada, Julien Saint-Georges, qui demeurait  St Bruno depuis longtemps et lui demande s'il connaissait les propritaires de la piste de ski. Comme par hasard, Julien tait un ami intime de Pierre et Marcel Dulude. Joignant le geste  sa rponse positive il me mit immdiatement en contact avec Marcel,  aujourd'hui maire de la ville. Je prends rendez-vous avec lui et il me prsente  son frre Pierre qui s'occupait surtout des problmes mcaniques  la station de ski. 

Je leur fais part de mon projet de dmnager le rpteur mais avant de poursuivre, je pris bien soin de leur expliquer ce qu'tait la radio amateur et leur demande si a serait possible de construire un petit abri le plus haut possible sur leur proprit.

 Pierre m'amena en haut de la pente o le tlsige finissait et me demanda si ce site tait convenable. Dans mes nombreuses promenades sur la montagne j'avais identifi trois emplacements o il serait possible d'installer un abri. Pierre, sans le savoir, m'avait conduit au site numro un que j'avais choisi. Il me dit tout simplement: "Si ce site fait votre affaire, construisez quand vous voudrez mais pas en bois car les vandales vont y mettre le feu." C'tait presque trop beau pour tre vrai, et je dus me pincer pour vrifier si je ne rvais pas.

Et ce fut aussi le dbut d'une longue amiti entre Marcel et Pierre Dulude et les radio-amateurs de la rgion. 

Le lendemain soir, aussitt libres, on s'tait donn rendez-vous au sommet de la montagne pour dfricher, arpenter et poser les piquets de notre nouvel emplacement. Etaient prsents VE2BJY Yvon Benot, VE2ATE Ernest, VE2PL Jean et moi-mme.  On avait d abattre un seul arbre et dfricher quelques broussailles. Ce fut la premire pellete de terre.
 
Nous tions parvenus au printemps 1971 et le rpteur tait en onde depuis trois ans.

Par la suite les choses se succdrent rapidement. On a lanc une demande de fonds qui rapporta environ 600.00$ et dont VE2KB assurait un contrle judicieux. Gaston avait ouvert un compte de banque et j'avais trouv un maon qui ne nous chargerait pas trop cher pour riger les blocs de bton. 

Pour sauver un peu d'argent, j'avais remplac une des portes du deuxime tage de ma maison par une porte pliante et la porte ainsi rcupre avait t transporte sur la montagne, recouverte d'une plaque d'acier pour tre ventuellement  installe sur la cabane. Cette prcaution de poser une plaque d'aciers s'est avre des plus utiles avec le temps, car malgr toutes sortes de tentatives d'effractions, la porte a toujours rsist aux efforts des vandales. Seul, le cadenas avait t arrach mais on s'en tait  toujours tirs  avec des vols minimes.

Je ne sais pas si certains d'entre vous ont dj construit en montagne. Pas d'eau. Pas d'lectricit. Rien. Rien que des maringouins. On devait tout transporter: sable, eau, bton, clous, outils, et ... j'en passe.

Le jour o on a coul la base de bton, Jean, VE2PL, avait mis un camion  notre disposition. On envoie Roger, VE2BBR chercher le sable, la roche et l'eau dans un rservoir de 200 gallons, ainsi  les sacs de bton. On avait auparavant transport une btonneuse actionne  l'lectricit ainsi qu'une gnratrice prs du site et Roger tait reparti avec le camion  8 heures le matin pour aller chercher le matriel. 

A midi il n'tait pas encore revenu. Nous devions tre au moins une vingtaine  l'attendre, une quipe au complet. A deux heures on entend un camion monter la cte et voil notre Roger tout souriant, comme s'il venait de gagner la 6-49, qui en descend en faisant toutes sortes de cabrioles. L'quipe qui attendait depuis six heures le matin lui tombe dessus: "D'o est-ce que tu sors pour l'amour du...!" Et ici, le texte est remplac par des points de suspension, censure oblige. Et Roger de rpondre: "Ben... ils n'avaient pas de sable  Ville Lemoyne et j'ai d aller en chercher  Saint-Constant, (ou peut-tre  Toronto, on ne le saura jamais!), puis ensuite j'ai t dner puis..." Tout a dit en conservant son ternel sourire en coin! Maudit Roger.

Ce jour-l, on a tout de mme russi  couler la base de bton de 8 pieds par 10 pieds et  installer le baril de 45 gallons dans lequel le poteau serait  son tour coul. Sur une montagne, vous savez, les trous que l'on peut creuser ne vont jamais bien profondment. Encastrer un baril de 45 gallons  mme la base de bton  et y couler ventuellement un  poteau tait la faon la plus efficace de le faire tenir debout que nous avions trouve   

La journe s'tait termine  la noirceur parmi les maringouins et les bibites. Nous tions tous fourbus et courbaturs mais heureux tout de mme d'avoir pu contribuer  ce projet qui semblait si bien amorc.

La semaine suivante, on a repris le mme camion pour aller chercher un nouveau poteau que VE2BVI nous avait dnich  Chteauguay car il n'tait pas question de dplanter le poteau de 35 pieds qu'on avait prcdemment plant derrire mon garage. VE2BVI nous en avait dnich un autre de 45 pieds celui-l. 

On avait pas prvu qu'un poteau d'une telle longueur ne se plante pas comme un piquet de clture. Il fut dcid que nous ferions une tentative la fin de semaine suivante, toujours le samedi. On avait dfonc le baril de 45 gallons et on s'tait fabriqu des perches avec des deux par quatre et des clous de 6 pouces. Et on s'est mis en frais de planter ce magnifique poteau. 

Nous avions accroch un tire-fort prt par Jean, VE2PL toujours,  la branche d'un chne qui poussait  quelques pieds de notre  cabane en construction. Les premiers efforts ne furent pas trop difficiles mais arriv au milieu de sa course, alors que le poteau tait rendu   un angle de 45 degrs, a devenait de plus en plus compliqu. Le poteau tait de plus en plus lourd quand soudain, la branche  laquelle le tire-fort tait attach se casse net. On venait de perdre le seul support sur lequel on pouvait se fier pour nous aider  planter cet norme poteau. Heureusement que les supports en deux par quatre n'ont pas cds. 


Il tait environ 4 heures de l'aprs-midi et tout le monde avait son voyage.  Le poteau demeurait appuy sur les deux par quatre qui risquaient de se rompre  tout instant. La situation tait critique car si les supports se brisent, on risque de recevoir le poteau sur la tte. On en tait l dans nos rflexions, nous demandant comment on pourrait bien faire pour faire basculer ce maudit poteau dans le trou de son baril, quand se prsentent frais et dispos, le grand boss VE2PL accompagn de son assistant VE2BXZ aujourd'hui VE2EP, Marcel Dupuis. Jean pesait  cette poque tout prs de 210 livres et Marcel au moins 225. 

On tait sur le point de tout lcher avec les risques que ce fameux poteau nous tombe sur la tte quand Jean et Marcel se saisissent chacun d'une perche et d'un seul coup d'paule voil le poteau  sa place. Ils n'avaient pas travaill depuis le matin, eux. Et ils taient en pleine forme, eux. 

Il ne restait plus qu' repartir le malaxeur  ciment et  remplir le baril de bton jusqu' ce que le poteau se tienne debout tout seul. Il devait rsister  toutes les intempries durant une bonne vingtaine d'annes et ne fut dtruit qu'il y a quelques annes lors de la construction du nouveau remonte-pente.

Pendant les travaux, le rpteur fonctionnait toujours dans mon garage car nous en avions grand besoin pour coordonner les oprations et convoquer du personnel. Nous ne savions pas  ce moment quand nous pourrions tre en opration  partir de la montagne et je tenais  ce que le  rpteur demeure en ondes malgr une installation temporaire plus ou moins efficace. 

L'opration suivante fut d'enlever les antennes en arrire de mon garage pour les installer sur la montagne. Ce qui fut fait un autre samedi matin. Une quipe a enlev et dmnag le poteau d'aluminium de 40 pieds et la J-pole sur la montagne pendant qu'une autre quipe installait des antennes temporaires pour interrompre le moins possible le fonctionnement du rpteur.

Ce matin l, l'quipe tait compose de VE2AFL, Paul Trpanier de Jean Choquette, VE2KL, et de plusieurs autres, mais c'est Paul qui avait accept la tche de descendre la J-pole du tuyau d'aluminium. Il grimpe tout en haut du poteau de bois, se tenant au tuyau de 4 pouces, pendant que VE2KL  dfait les fixations. 

Paul tait debout tout en haut de son perchoir quand la J-pole et son support n'tant plus rattache par ses fixations se met  descendre un peu plus vite qu'on l'avait prvu. Et voil VE2AFL, debout en haut d'un poteau de 35 pieds n'ayant plus rien o s'accrocher ou se tenir et surtout plus rien pour redescendre. Il a prouv ce matin-l hors de tout doute, qu'il avait le sens de l'quilibre et une absence totale de vertige. Jean, VE2KL, bien install sur le plancher des vaches se tordait de rire devant la comdie qui se jouait 35 pieds plus haut. 

Nous avons russi  tirer l'ami Paul de sa fcheuse situation en lui apportant une chelle. Comme vous pouvez le constater, on ne s'ennuyait pas durant la ralisation de ce projet.     

Le 14 aot 1971 le maon tait venu cimenter les blocs de bton,  mais ce jour-l nous avions prvu l'installation de toute la quincaillerie des antennes en haut du poteau sur la montagne. Gaston, VE2DFD, tait le seul  possder des perons et surtout  savoir s'en servir et il s'tait port volontaire pour accomplir ce sale travail. Mais le problme c'tait pas Gaston, c'tait le  maon juste en-dessous de Gaston qui n'tait pas cens tre l durant l'installation des antennes. On n'aurait pas voulu lui chapper une clef anglaise ou un morceau d'antenne sur la tte  ce pauvre maon mais on ne voulait pas non plus faire perdre sa journe  Gaston, VE2DFD. 

Je ne sais par quel miracle, mais Gaston n'a pas chapp un seul outil de la journe et le soir venu, la pose des  blocs de bton tait termine et les antennes aussi.

Ce fut une des belles performances de Gaston  qui on doit une fire chandelle mais ce ne fut pas sa dernire. On y reviendra. Gaston avait t aid dans son travail par Alain VE2ARA et Michel VE2DKT, ainsi que Jacques, VE2BDL qui agissait comme helper au sol, tous trois "jouqus" dans le poteau au-dessus du poseur de blocs.

Gaston avait dcid ce jour-l d'accrocher ses... perons et sa ceinture, mais c'tait une promesse d'amateur. Quelques mois plus tard, pendant une des plus grosses vagues de froid que nous ayons eue cette anne-l, Gaston reprit du service pour installer la ligne lectrique sur les poteaux qui venaient d'tre installs.

On en reparlera plus loin. Ceux qui connaissent Gaston savent qu'il fait toujours deux ou trois finales avant de se retirer. Il faut avoir vcu une journe pareille pour raliser dans quelle aventure on s'tait embarqus tous ensemble. Et comme j'tais le responsable de cette aventure, si les choses tournaient mal, mes amis amateurs m'auraient srement accroch  mon poteau.

Le 21 aot 1971, ce fut au tour de la toiture  tre complt, grce au travail de VE2PL qui avait mis  contribution  ses talents de menuisier et de couvreur. Mme le papier  couverture nous avait t donn par je ne sais plus trop qui.

Le 28 aot 1971, on suspendait les travaux pour effectuer un test de couverture. On a dmnag le rpteur sur la montagne et  l'aide d'une gnratrice prte pour l'occasion par VE2BTZ, Jean-Marc Desranleau, vieux camarade de la premire heure lui aussi, on a lch dans la nature une quinzaine de mobiles. Laissez-moi vous dire que a n'avait pas t difficile de trouver des volontaires tellement on avait tous hte de vrifier la nouvelle couverture du rpteur  cet emplacement.

 Les rsultats de ce test dpassrent nos plus grandes esprances, rendant l'attente encore plus difficile. Nous avions couvert, lors de ces tests, des distances si considrables qu'on en croyait pas nos yeux. L'impatience des utilisateurs locaux n'en fut que plus grande, ce qui eut pour effet d'augmenter les ventes de mobiles et de cristaux galement.

Parlons un peu de cette gnratrice que nous avait prte Jean-Marc, VE2BTZ. C'tait une antiquit qui avait t obtenue du CNR et qui devait avoir au moins 60 ans. Le moteur, d'une quinzaine de forces, possdait un systme d'allumage par magnto, c'est tout dire. Cet alternateur avait une puissance de 3000 watts.

Quelques annes plus tard, Jean-Marc en fit cadeau au groupe imposant que nous tions devenu et on dote nos installations d'alimentation d'urgence avec rservoir  essence dans la cabane et trou dans le mur pour le tuyau d'chappement.

Mais cette gnratrice n'avait pas de dmarreur. Qu' cel ne tienne! Maurice Jacques, VE2BPR, mcanicien au CNR nous offre d'installer un vieux dmarreur de Ford dont il ne se sert plus, pendant qu'mile Giroux, VE2DDU nous bricole un systme lectronique de dmarrage  distance en cas de panne.

Il serait trop long d'expliquer ici tous les dtails de ces installations mcaniques et lectroniques, ainsi que leur fonctionnement. Mais, aux tests, a avait fonctionn tel que convenu. Et nous attendions avec impatience la premire panne de courant qui survint quelques semaines plus tard, bien entendu.

Tout fonctionna tel que prvu sauf pour le dmarreur, qui, une fois son travail de dmarrage accompli se laissait entraner par la gnratrice et continuait de tourner au bout de sa courroie. Aprs une demi-heure de fonctionnement, l'armature tranait  terre, les coussinets de bronze uss  la corde.

Je me procure un autre dmarreur et j'installe cette fois  une solnode pour dsengager la courroie du dmarreur une fois la gnratrice en marche.

Mais cet attirail compliqu n'a jamais fonctionn  notre satisfaction et finalement, la vieille gnratrice prit le bord de la retraite. Cet quipement tait si vieux qu'il n'tait plus possible de nous procurer des pices de rechange.

La fin de l't et l'automne se passa  des travaux de finition  l'intrieur comme  l'extrieur de la cabane. Gaston, VE2KB et Alain Lepage, VE2ARA avaient pass leurs vacances sur la montagne  peindre les blocs de bton en blanc et  calfeutrer les trous, ce qui donnait une fire allure  notre installation et ne dguisait pas trop le paysage. J'avais complt entre temps l'installation lectrique  l'intrieur de la cabane, les prises de courant, les mises  la terre et tout. Tout ce qui manquait  notre bonheur, c'tait l'lectricit. Mais nous n'avions toujours pas de nouvelles des douze mille douze. 

Durant la priode du 7 aot 1971 au 7 janvier 1972, la couverture utilisable du rpteur se limitait  la Rive-Sud. Et encore! 

Nous avions fini la construction de la cabane, nous avions aussi install les antennes dans le poteau;  bref, tout tait en place mais nous n'avions pas le courant lectrique. La source de courant tait installe dans un abri o taient logs les contrles du remonte-pente au pied de la piste de ski et notre cabane tait tout en haut, 2500 pieds plus loin. Pour alimenter notre installation il fallait suivre le trac de la piste de ski avec notre fil dans des poteaux qui servaient  supporter les lumires de la piste.  

Et nous n'avions plus d'argent dans la caisse pour acheter le fil. Il nous en manquait environ 1500 pieds. Les Dulude en avaient bien pos quelques centaines de pieds mais comme nous tions les seuls utilisateurs de cette ligne lectrique nous ne pouvions dcemment leur en demander plus.


Il y a une providence pour les radio amateurs. Au dbut d'octobre 1971, je parlais sur VE2TA avec Andr, VE2BPF. Il avait un gros problme  rgler. Il avait 1500 pieds de fil dont il voulait se dbarrasser. 

L'organisation de VE2RM Inc. venait de complter sa nouvelle entre lectrique sur le Mont Rigaud et l'ancienne ligne tait  vendre. Je connaissais bien le prsident de ce groupe, VE2DM, et lui tlphonai aussitt pour lui faire part de mon intrt et aussi de l'tat de nos finances, insistant sur le fait que nous n'tions pas trs fortuns. John me dit qu'il consulterait les membres de l'excutif de VE2RM Inc. et me donnerait une rponse le lendemain.

 	Inutile de vous dire que ce fut une longue nuit. Le lendemain, je reois l'appel tant attendu pour entendre John m'annoncer que l'excutif de VE2RM avait dcid de donner le fil au groupe de VE2XW et qu'au moment o il me parlait il tait  terre dans la fort de Rigaud ou en train d'tre enlev.

Le 17 octobre 1971, autre expdition, cette fois  Rigaud avec  deux camions gnreusement prts par VE2PL. Nous partions en expdition chercher ce fil lectrique tomb littralement du ciel comme par miracle au moment mme ou nous tions nous-mmes rendus au bout du fil... 

Comme  l'accoutume, il y avait Jean, VE2PL; Denis, VE2PN; Yvon, VE2BJY; Ernest, VE2ATE, comme toujours, qui a du bien souvent nous encourager par ses prires et quelques autres dont j'ai perdu le souvenir. Et voil 1500 pieds de fil qui changent de montagne. Il ne restait plus qu' attacher ce fil en haut des poteaux, ce qui fut fait comme je l'ai mentionn plus haut, dans le courant du mois de dcembre 1971, par celui l mme qui avait jur d'accrocher ses...perons, notre camarade Gaston, VE2DFD. 

Mais, vous demandez-vous, pourquoi avoir attendu l'hiver pour poser le fil alors que nous l'avions en notre possession depuis octobre. C'est simple, les poteaux n'avaient pas encore t plants, car les Dulude les avaient reus seulement quelques jours auparavant. 

Nous tions enfin raccords aux deux bouts mais le courant n'tait pas encore arriv.  Les 12012 se faisaient dsirer. Je n'arrive pas  me souvenir ce qui avait pu retarder l'installation du courant lectrique mais je crois que l'Hydro avait d poser une nouvelle ligne de haute tension triphase de 25,000 volts pour alimenter en courant les installations de ski sur ce ct de la montagne. 

Enfin, le 7 janvier 1972 vers 4 heures de l'aprs-midi, je reois un appel tlphonique de Pierre Dulude me disant que l'Hydro tait en train d'installer les transformateurs et que nous aurions l'lectricit avant la fin de la soire. Pierre avait aussi hte que nous, les amateurs, de voir fonctionner ce systme. 

J'accours  la station de ski pour enfin constater que le grand jour tait vraiment enfin arriv. Je lance un appel  Marcel, VE2BXZ pour qu'il vienne chercher le rpteur avec son camion  ce qui fut aussitt fait. A 7 heures du soir, le rpteur tait plac dans le camion de Marcel pour tre transport  son nouvel emplacement. Au pied de la montagne,  Pierre Dulude nous attendait dans l'autoneige Bombardier.  Aprs un dur voyage vers le haut de la montagne le rpteur tait en place mais il refusait obstinment de fonctionner. Les vibrations de l'autoneige, combines  son ge vnrable avaient eu raison de sa rsistance. 

Je me prparais  redescendre  mon atelier pour aller y chercher des lampes de remplacement, quand Lucien, VE2BXF (VE2AC), descend du remonte-pente. Comme Lucien tait un technicien professionnel chevronn, je lui demandai s'il n'avait pas par hasard dans son camion de service les lampes de radio ncessaires  la remise en route du systme. A ma grande consternation et celle des autres amateurs prsents, il sortit de ses poches, tel un magicien avec son lapin, la lampe dfectueuse,   ce qui nous permit de remettre le rpteur en fonction rapidement.

Un autre fait plutt cocasse. Lors de l'installation lectrique  l'intrieur de la cabane, j'avais prvu deux lumires au plafond. De cette faon, j'tais certain qu'il y en aurait toujours au moins une pour nous clairer, advenant qu'il y en ait une qui brle. Vous avez bien devin. Le soir de la mise en onde, les deux lumires avaient rendu l'me. Et c'est dans la noirceur la plus totale,  la seule lumire des briquets qu'on avait du rparer l'quipement.

Durant ce temps, le remonte-pente ne cessait de laisser descendre des amateurs qui taient venus par ce beau soir d'hiver, assister  la mise en ondes de VE2XW, maintenant localis sur la montagne de Saint-Bruno. 

taient prsents: VE2LA, Tony Guimond, maintenant dcd et Larry Walker, VE2WH. VE2PL, mon ami Jean Lord, qui avait t de toutes les misres durant l'aventure et qui avait particip  tous les travaux, pratiquement et financirement, VE2BXZ, VE2AC, VE2ARA, VE2PN et certainement beaucoup d'autres dont j'ai malheureusement oubli les noms. Denis, VE2PN, avait apport un ruban rouge et une paire de ciseaux, probablement emprunts au tool kit de son pouse, et Alain, VE2ARA, avait cach dans ses poches une bouteille de mousseux et des verres de plastique.  

Denis et Alain ont tenu le ruban en travers de la porte de la cabane devenue de plus en plus  exigu  cause de la prsence  des nombreux amateurs et skieurs qui ne cessaient d'affluer. Denis me tendit les ciseaux et j'eus le grand plaisir de couper le fameux ruban qui laissait prsager de nouveaux horizons aux amateurs de la rgion mtropolitaine. Puis Alain, VE2ARA, sortit ses verres de plastique et dboucha sa fameuse bouteille de mousseux. 

Tous ensemble, nous avons port un toast  la grande fraternit des radio amateurs qui avait permis de raliser un exploit que nous n'aurions pas cru possible quelques annes plus tt. L'installation d'un rpteur amateur sur le Mont St-Bruno. 

Ce soir-l, le chalet de la station de ski fut le tmoin muet de l'ambiance de joie et de fte qui rgnaient  l'occasion de la mise en service du premier rpteur francophone de la rgion de Montral,  partir d'une lvation qui donnait  ses utilisateurs un rendement  amlior. C'tait aussi la fte des amateurs de la rgion mtropolitaine qui avaient unis leurs efforts et leurs finances tout en oubliant leurs rivalits, pour raliser en commun ce projet de grande envergure. Preuve que, quand tous les gars poussent dans la mme direction, les rves les plus insenss peuvent parfois devenir ralit.

Au dbut de l't 1973, je revenais de Qubec, et comme d'habitude,  partir de Drummondville, j'essayais d'entrer en contact avec le rpteur. Sans succs. Arriv  St-Hilaire, je voyais une norme fume noire monter de la montagne de St-Bruno. C'tait la cabane qui abritait l'entre lectrique qui brlait, de jeunes cervels ayant mis le feu  la paille qui servait  amortir les chutes des skieurs en bas des pentes. Ils avaient accumul cette paille sous la cabane et y avaient mis le feu, dtruisant en mme temps les installations de contrle du remonte pente et l'alimentation lectrique de notre cabane.

Les Dulude m'apprirent en mme temps que le courant ne serait pas rtabli avant l'automne. Il n'tait pas question que le rpteur demeure muet durant plusieurs mois. J'engageai aussitt un lectricien pouvant m'installer une entre lectrique temporaire. Ce qui fut fait aprs quelques jours. Mais, cette installation devait tre inspecte par le bureau des examinateurs lectriciens qui n'taient pas particulirement press de faire leur travail.<

Un de nos usagers assidu sur le rpteur, Gaston Chenette, VE2GC de St-Hyacinthe avait un frre qui tait justement un des inspecteurs du bureau des examinateurs. Je demandai  Gaston s'il pouvait pousser dans le dos de son frre, juste un peu, que c'tait pour une bonne cause, et que, grce  son influence, le rpteur serait de nouveau en onde plus rapidement. Ce qui fut fait. Deux jours plus tard, un monsieur Chenette m'appelle pour que je lui ouvre la barrire de la montagne. 

L'inspection fut trs vite faite car notre entre lectrique tait compose d'un commutateur de 100 ampres accroch  un poteau. M. Chenette approuva immdiatement l'installation et le lendemain, l'hydro venait raccorder notre bote au circuit. 

Le rpteur avait t hors des ondes durant deux semaines et les techniciens d'hydro se sont longtemps demand comment on avait pu faire approuver une installation temporaire aussi rapidement.  

On se souvient qu'au printemps 1971, quelque 70 amateurs se servaient rgulirement des facilits de VE2XW. Nous tions sollicits pour couvrir des vnements comme la course cycliste Qubec-Montal organise par un restaurateur italien du nord de Montral. 

La parade du pre Nol organise par la chambre de commerce de  Saint-Bruno tait devenue un vnement annuel auquel nous nous faisions un devoir de participer, les jeux d'hiver du Qubec   la station de ski et j'en passe. Nous avions spontanment form une sorte d'organisation sans structure que l'on avait appel le Groupe XW, nous avions mme notre propre bannire, que nous dployions quand des vnements survenaient auxquels nous pouvions contribuer. 


On n'avait qu' confier la tche  Gilles Tapp, VE2BTF, et aussitt celui-ci runissait une quipe avec portatifs et le reste, et notre travail tait toujours trs apprci. Cette quipe comprenait Emile Giroux VE2DDU et son fils Pierre VE2BGT, ainsi que Jean-Guy, VE2DHA. Jean Rouleau VE2FFT, Roch Gauthier VE2DU maintenant tabli  Chicoutimi, celui l mme qui a eu l'ide des plaques d'identification qu'on porte maintenant firement lors des assembles du club, et combien d'autres. Evidemment, VE2PL tait presque toujours de toutes les sorties.

C'est aussi vers cette poque que mon bon ami Adrien Saint-Martin, VE2BLN, eut l'ide de fonder un club de radio qui aurait comme noyau fondateur le groupe XW. L'ide avait germ dans la tte d'Adrien  la suite des cours qu'il avait commenc  donner au Collge Marie-Victorin en septembre 1971. Nous en avions discut quelques fois autour de ma table de cuisine tout en dgustant une bonne bouteille de vin, avec Adrien, Robert Carbonneau, VE2AVG et Bernard Dupont, VE2BTW, mais rien de concret n'tait sorti de ces discussions sauf peut-tre la volont de faire renatre ventuellement un nouveau club de radio  Montral. 

En 1973, tait n le club VE2CMV. Ce club tait exclusivement rserv aux tudiants du collge et n'admettait personne de l'extrieur. Le 11 mai de cette mme anne, avait lieu l'inauguration de la station radio-amateur du CEGEP.

 Les deux premires annes de ce cours n'avaient pas apport les rsultats escompts mais l'anne 1973 avait t couronne de succs. Plusieurs nouveaux amateurs avaient pass avec succs leurs examens et avaient obtenu leur licence. En tout, environ une vingtaine de nouveaux radio-amateurs dont  VE2DVC, Jean Larose; VE2AXK, Fernand Gendron; VEDPA, Andr Boisvert; VE2DTT, Guy Gingras; VE2BKM, Grald Gravel; VE2BBU, Jean-Marie Chartier; VE2DTD, Andr Demers; VE2BTW, Bernard Dupont (celui-l mme qui nous avait ouvert les portes du local o l'UMS fut installe durant de nombreuses annes; VE2BYE, Guy Allaire; VE2BAC, Jean-Pierre Casavant; VE2AIT, Gabriel Laperrire; VE2AUD, Prosper Levaguerez; VE2DRR, Pierre Montpetit; VE2BEU, Jean Taillon (fils de VE2DW); VE2DPD, aujourd'hui VE2ZO, et premier prsident de l'UMS, Jean Talon; VE2DTR, Romain Trudel; VE2DVD, Lionel Lamoureux; VE2DVT, Serge Primi; et peut-tre quelques autres que je n'ai pu retracer.

L'histoire de l'UMS dbute en 1974. Les cours de 1973 avaient t un succs et le groupe XW tait de plus en plus important. Le projet de VE2BLN avait mri et Adrien ainsi que quelques autres amateurs dcident de convoquer une assemble au collge Marie-Victorin dans le but de discuter de la fondation d'un club. 

Adrien annonce la tenue de l'assemble sur le rpteur et le 31 mai 1974, une bonne cinquantaine d'amateurs taient prsents au collge pour entendre l'expos d'Adrien et jeter les bases de ce qui devait devenir un des plus gros clubs de radio francophone au Canada. VE2DVC avait propos l'ouverture de VE2CMV aux amateurs de l'extrieur pour y admettre toutes personnes intresses  la radio. 

L'ide avait t accepte par les amateurs prsents et aussi par les autorits du collge et un nom avait aussi t dcid: Union Mtropolitaine des Sans-Filistes de Montral. Devant la difficult de procder sance tenante  la formation du bureau de direction, il fut propos d'une faon spontane que les personnes prsidant la prsente assemble forment un comit provisoire jusqu'aux lections prvues pour septembre ou octobre suivant. Gaby, VE2AIT, acceptait le poste de prsident provisoire, tandis que Jean-Marie Beaujean, VE2HM et Adrien VE2BLN, acceptaient respectivement les rles de vice-prsident et de secrtaire.

Lors de cette assemble, la cotisation fut fixe  2,00$, la carte de membre tant valable de septembre  septembre. Le comit proposa une constitution qui fut accepte rapidement et en septembre 1974, VE2ZO, Jean Talon, tait nomm premier prsident de l'UMS pour un terme de deux ans. Quand on parle de l'UMS, on peut presque dire que sa naissance a dbut au fond d'une bouteille de vin dans la bonne humeur et l'amiti.

Revenons au rpteur. Le groupe d'amateurs ne cessant d'augmenter, nous avions pu nous payer toujours grce aux contributions volontaires, un duplexeur de marque Phelph-Dodge qui nous avait cot la jolie somme de 1200,00$ et une antenne neuve commerciale de marque Antenna Specialist qui avait remplac la premire J-pole donne par Payette. Cette antenne qui vallait au oins 500  600 dollars nous avait t donne par la compagnie Radio-Tel, qui n'existe plus aujourd'hui.

Lors d'une fameuse tempte de verglas au printemps 1986, nous avions perdu au complet la ligne lectrique qui nous alimentait. De grosses branches charges de verglas taient tombes sur la ligne, entranant par le fait mme la moiti des poteaux qui la soutenaient. Nous avions d la remplacer par du fil neuf qui avait cot au-del de mille dollars et j'avais mme engag un monteur de l'Hydro-Qubec pour la remplacer dans les poteaux neufs que les Dulude avaient t obligs de replanter.

En 1984, l'UMS avait atteint sa vitesse de croisire et comptait de plus en plus de membres mais le club ne possdait pas de rpteur  ce moment, mme si VE2XW en tait le rpteur officiel. Lors du party du 10e anniversaire de l'UMS et avec l'assentiment de Jean, VE2PL, qui n'avait jamais cess de m'appuyer durant toutes ces annes, je dcidai de donner VE2XW  l'UMS  la condition qu'ils en assument l'entretien et la continuit. Entre temps, l'indicatif avait t chang pour VE2RMB (rpteur Mont Bruno) quand le ministre avait dcid de rserver les indicatifs commenant par la lettre R aux rpteurs. 

Pascal, VE2HAD, tait le prsident du club  cette poque. Aprs tout, cet quipement avait t pay par les contributions volontaires des amateurs usagers depuis les tout dbuts, et il n'tait que normal qu'ils en deviennent collectivement les propritaires.

   Durant les annes 1975-1980, j'avais install un rpteur sur le Mont Tremblant sur l'emplacement de l'metteur tlvision de Radio Canada. C'tait un rpteur de marque Dycom, echo II et les amateurs locaux avaient aussi contribu gnreusement  cette ralisation car plusieurs y voyaient un lien efficace entre Mont Laurier et la mtropole. C'tait bien avant le rseau RTQ. 

Mais aprs quelques annes de voyages et de problmes de toutes sortes surtout causs par la glace qui tombait des antennes de tlvision installes dans la tour, je dcidai de fermer Mont Tremblant et de rapatrier le rpteur Dycom  l'usage de VE2RMB. Je transfrai la licence VE2RMT au Club Laval-Laurentides et leur laissai les antennes  et le cabinet qui abritait l'quipement.

Depuis le premier rpteur  lampes du dbut, nous avions opr ensuite avec un rpteur Johnson 527 de 20 watts qui nous avait t donn par la compagnie Radio-Tel, un rpteur Marconi srie 50 fabriqu par Neil Goldberg, VE2BOA qui nous avait cot quelques centaines de dollars et dont le contrle avec la petite cloche avait t fabriqu au collge de Sainte-Thrse par les lves en lectronique de Jean Campagna, VE2AKU, puis enfin, par le rpteur Dycom du Mont Tremblant recristallis sur la frquence de 146.700. C'est ce rpteur qui fut donn  l'UMS quand nous avons dmnag  Rougemont.

Pour les amateurs de statistiques, ce rpteur avait une puissance de 30 watts, et il tait aliment par un bloc d'alimentation Motorola. Le transmetteur et le rcepteur taient monts cte  cte sur un chssis, les contrles et l'identificateur tant en dessous. Ce chssis est lui mme mont sur un panneau de 19 pouces par 10 de hauteur. Le tout est raccord au duplexeur de 6 cavits mentionn plus haut, puis raccord par du fil coaxial de un demi pouce de diamtre sur une longueur de 250 pieds  une antenne omnidirectionnelle en fibre de verre avec gain de 6 DB, localise dans la tour  une hauteur de 225 pieds environ. 

Il y a quelques annes, les nouveaux propritaires du centre de ski de St-Bruno m'avertissaient qu'il nous faudrait dmnager la cabane qui abritait l'quipement sur le Mont Saint-Bruno de quelque centaine de pieds. Mais cette cabane construite en blocs de bton n'tait pas transportable et il n'tait pas question d'en reconstruire une nouvelle. Comme le rpteur tait devenu la proprit de l'UMS, je tlphonai au prsident de l'poque pour lui faire part de ce problme. La rponse que j'ai reue ne faisait pas partie des conditions que j'avais demand lors du transfert. On m'a demand de fermer le rpteur et de l'apporter au local du club.

Il n'tait pas question dans mon esprit de fermer ce rpteur. Je me mis donc  la recherche d'un nouvel emplacement. 

 Il fallait trouver une solution mais pas n'importe laquelle. Je souhaitais que le rpteur demeure sur la Rive-Sud et qu'il ait une couverture au moins quivalente  celle du Mont Saint-Bruno. Le site de l'Hpital Pierre Boucher me fut offert par Paul Dufault VE2UF, l'actuel directeur gnral de cet hpital et j'tais sur le point d'accepter son offre lorsque la providence qui avait toujours veill sur ce rpteur depuis le tout dbut s'est de nouveau manifeste en la personne de Michel, VE2KYP, qui tait le propritaire d'une bonne partie de la montagne de Rougemont, et o il possdait dj toutes les installations ncessaires au fonctionnement d'un rpteur. 

Je suis all  rencontrer Michel et lui demandai s'il lui serait possible de me faire une toute petite place dans la cabane  qui abritait dj ses installations commerciales, tout en lui faisant savoir que nous n'avions pas les moyens de payer le loyer que ces sites commerciaux commandent. Je dois dire que je connaissais Michel depuis nombre d'annes, tant impliqus tous les deux dans le mme domaine des communications commerciales, mais je savais aussi ce que valent les loyers dans ces sites commerciaux et je savais aussi l'importance de sa rponse pour l'avenir de cette institution qu'tait devenue ce rpteur dans la rgion de Montral.

Michel a accept sans la moindre hsitation ma demande et a mme mis  ma disposition tous les services de son entreprise, y compris ses techniciens, ses vhicules pour transporter l'quipement  destination et tout son quipement de mesurage pour rparer le rpteur qui avait commenc  souffrir de graves problmes de comportement.

Bien des choses ont t dites au sujet de VE2RMB. On a dit que j'avais vol le rpteur  l'UMS, que j'en faisais un usage frauduleux, que je m'en servais pour me faire pter les bretelles. Et quoi encore! La vrit est encore plus simple que tous ces commrages. La vrit, c'est que l'UMS n'avait pas accept que le rpteur soit remis en service sur la montagne de Rougemont et n'avait pas non plus les techniciens requis pour en assurer le bon fonctionnement. De plus, Michel, VE2KYP, le propritaire du site de Rougemont ne voulait pour aucune considration avoir  traiter avec plusieurs personnes. 

Suite  tous ces problmes, j'avais dcid de rapporter  l'UMS le rpteur que je leur avait donn, j'en construisis un autre sous un nouvel indicatif VE2RXW,	et c'est ainsi que le rpteur a de nouveau repris sa place sur une autre montagne.

Je n'adresse de blme  personne. Je n'ai jamais connu la raison des dcisions du conseil d'administration du temps qui voulait fermer le rpteur sans se donner la peine de trouver une autre solution. Le club venait d'acheter  gros prix un quipement qui venait d'tre mis en marche, et n'avait peut-tre pas les moyens financiers d'entretenir un autre rpteur  Rougemont. Je n'en sais rien. J'ai dcid de faire cette mise au point  l'intention de ceux qui se sont appliqu  propager toutes sortes de rumeurs malveillantes sans mme connatre le fond des choses. Quoi qu'il en soit, si je n'avais pas pris la responsabilit de reprendre sous mon aile ce rpteur, personne n'aurait eu accs  Rougemont et il n'y aurait pas un seul quipement radio amateur  cet endroit. Telle est la vrit, telle est l'histoire.    

Je pensais bien que j'en avais fini avec les problmes mais j'avais oubli dame nature. L'hiver de 1991 devait nous faire tomber sur la tte une autre tempte de verglas qui devait avoir raison de la tour de 200 pieds sur la montagne  Rougemont qui s'croula sous le poids de la glace. 

C'tait une scne de dsolation qui m'attendait le lendemain matin lorsque je montai sur la montagne constater l'ampleur des dgts. Nous devions marcher dans de la glace concasse d'une paisseur d'un pied dans un enchevtrement indescriptible de haubans et de morceaux d'antennes tordues et brises, et enroules dans des bouts de cbles coaxiaux de tous diamtres. 

Michel et ses hommes avaient d installer un cble pour escalader la dernire section de la montagne tellement il y avait de la glace partout. C'tait un spectacle apocalyptique. Je cherchais l'antenne neuve que nous venions  peine d'acheter pour la somme de quelque mille dollars incluant les ferrures et le cble. 

Toutes les ferrures taient tordues, le coax tait devenu inutilisable et l'antenne en fibre de verre tait plie   environ 18 pouces du bout. Je redressai le bout pli et attachai l'antenne avec des cordes au garde-fou du balcon qui entoure la cabane  la hauteur du deuxime tage, une perte d'lvation de 200 pieds. 

Aprs avoir remplac le cble coaxial par du bon vieux RG-8, j'installais un mesureur d'ondes stationnaires dans la ligne et,  ma grande surprise, le taux d'ondes stationnaires tait  zro. lectriquement l'antenne n'avait pas t endommage. J'effectuai une rparation temporaire  l'aide de ruban adhsif en attendant de la rparer de faon plus permanente avec un kit de fibre de verre servant  la rparation des bateaux. 

Et c'est de cette faon que nous avons d oprer entre les mois de mars et de juin 1991, perdus au milieu des tl-avertisseurs et des autres systmes qui fonctionnaient tous de la mme manire sur des antennes temporaires et dont les interfrences d'intermodulation qui s'additionnaient les unes aux autres en ont fait rager plus d'un.

   Nous avons fait une autre collecte pour amasser la somme de 1200.00$  mais cette fois, par un un radio-thon tenu sur les ondes mme de VE2RMB, sous l'habile direction de Victor, VE2GDZ lors d'un de ses fameux rseaux du vendredi soir, afin de remplacer les ferrures et acheter du nouveau cble coaxial de un demi pouce de diamtre. Ce radio-thon restera dans les anales de la radio-amateur comme un vnement marquant de la solidarit du monde amateur. Ce fut le premier radio-thon de l'histoire de la radio amateur. Il y en eut quelques autres par la suite. 

Au milieu de juin 1991, une nouvelle tour de 240 pieds celle-l, tait installe sur la montagne par Michel et notre antenne reprit sa place  180 pieds dans la tour. Un grand merci  VE2KYP de nous avoir donn une place de choix dans sa tour et merci aussi  son personnel. Lors des visites  Rougemont aprs ce dsastre, j'avais t aid par Jean-Paul Filteau, VE2VZ, Paul Trpanier, VE2AFL, et son fils Martin, VE2OFL, Jean Bellemare, VE2BGJ, et peut-tre d'autres que j'oublie pour le moment, ainsi que VE2HR, titulaire de VE2CSC,  aussi install  Rougemont et qui avait aussi vu ses antennes emportes par la chute de la tour.

Durant deux ans, ce fut le bonheur total. A part quelques mises au point occasionnelles, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ce bonheur ne devait pas durer.

Au dbut du mois d'avril 1993, une autre tempte de verglas devait encore une fois avoir raison de la tour  Rougemont. Les communications cessrent brusquement dans la nuit du 1er au 2 avril et c'est vers l'heure du midi, le 2 avril, qu'accompagn par Gilles, VA2GM et de son jeep, on se mettait en route pour voir ce qui se passait sur le mont Sina.

En arrivant au pied de la montagne, nous avons crois un camion qui en redescendait. Ce camion appartenait  une compagnie d'installation de tours. C'tait un trs mauvais prsage. Le conducteur du camion nous apprit que la tour tait de nouveau tombe. Il nous dit aussi qu'il y avait huit pouces de glace sur la tour et qu'il semble bien qu'elle s'tait effondre sur elle mme.

Comme l'accs  la montagne tait impossible, Gille et moi durent rebrousser chemin, tout en annonant chemin faisant la dsolante nouvelle.

Ce ne fut que le mardi suivant que je pus retourner sur la montagne pour constater l'ampleur des dgats. J'tais accompagn par Andr, VE2WNF, qui prit  cette occasion de nombreuses photos.

L'antenne de VE2RXW ainsi que l'antenne de VE2CSC ne semblaient pas avoir subis, du moins en apparence,  trop de dommage. Aid par Andr, nous rinstallons l'antenne sur le coin du balcon, encore attach comme la premire fois avec de la corde, et le rpteur fut remis en fonction ainsi que VE2CSC. C'est l que les problmes ont commenc. 

Les systmes de tl-avertisseurs nous causaient des interfrences et l'antenne de VE2CSC, installe trop prs de celle de VE2RXW nous donnait la joie de pouvoir jouir en mme temps des missions numriques et des missions vocales. Tout a pour le mme prix. Et pour complter la trilogie des problmes, le nouveau rpteur que nous venions  peine d'installer se mit  faire entendre de longs gmissements.

Durant les mois d'avril, mai et juin, je fis  Rougemont d'innombrable voyages, parfois seul, parfois accompagn de confrres amateurs qui se portaient volontaires pour me donner un coup de main. Je dois rendre ici un hommage particulier  Mario Bilodeau, VE2EKL, qui fit avec moi les voyages les plus pnibles dans la neige et la boue.

Par la suite, Andr, VE2WNF, Jacques, VE2TAE, Jean-Claude, VE2OUF, Alain, VE2AZF m'accompagnaient parfois dans ces inoubliables excursions sur le mont Sina. Mme Ral, VE2LRF, qui n'a pas invent la marche en montagne m'avait accompagn par un beau dimanche aprs midi, par une chaleur torride, pour essayer de trouver la cause des craquements qui bloquaient les signaux le moindrement faibles.

Une de ces sources de craquement tait une clture de broche barbele qui avait t installe tout alentour de la cabane. A la moindre brise, la broche frottait contre la clture mtallique et faisait un bruit d'enfer. J'ai du attacher un  un  l'aide de petits bouts de fil de cuivre, chaque  tour de fils barbels tout autour de la cabane. Mais le problme fut rgl.

Les deux autres sources de craquement furent localises  l'antenne, puis ensuite  l'excitateur de l'metteur. Une antenne commerciale de 4 diples replies me fut prte par la compagnie Comprod  titre d'essai, et fut transporte sur la montagne par Jacques, VE2JJC. Des rsultats positifs commenaient  se faire sentir. Les craquements avaient disparus et le signal devenait de jour en jour des plus acceptable.

Le 19 juin 1993, un autre radio-thon fut tenu sur le rpteur. Malgr la saison des vacances, la somme presqu'incroyable de 4500.00 dollars fut amasse en l'espace de 4 heures. Quelques 180 amateurs avaient particip  ce radio-thon. Cette dmonstration de solidarit et de confiance de la fraternit amateur, dans un rayon de 100 milles de Montral est quelque chose d'unique dans les annales de ce passe temps.

Devant l'immense succs de cette leve de fonds, il fut dcid d'acheter une antenne comme celle qui nous avait t prte et qui avait donn d'excellents rsultats malgr le fait qu'elle tait installe  la base de la tour. 

Cette nouvelle antenne fut installe le soir du 21 juillet 1993 par Richard Malo, le technicien de la compagnie de Marieville, assist de Jacques, VE2TAE et moi mme. Il faisait une temprature excrable. Vents violents, accompagnes d'orages. Malgr tout et grce au courage de Richard Malo, l'antenne fut installe  180 pieds dans la tour.
  
J'espre cette fois qu'elle rsistera longtemps aux sautes d'humeur de dame nature et qu'elle continuera, comme elle le fait depuis 25 ans,  propager la voix de ce rpteur au service des amateurs de radio de la grande rgion mtropolitaine.

C'est encore une fois Jacques, VE2JJV, qui fut dsign volontaire pour aller chercher la nouvelle antenne  Boucherville et rapporter celle qu'on nous avait prte.

J'esprais bien en avoir enfin fini de remonter cette tour mais le ciel en avait dcid autrement.	Le 6 janvier 1998, une tempte de verglas sans prcdent s'abattait sur la montrgie, dtruisant les installations lectriques et plongeant un immense territoire dans le noir le plus complet.

En l'espace de quelques heures, les radio amateurs, fidles  leur rputation prirent en main les communications d'urgence dans les hpitaux, les centres d'hbergement et partout o leurs services taient jugs ncessaires. Il va sans dire que les diffrents rpteurs de la rgion taient tous passablement occups.

Les 10 ou 11 hpitaux de la montrgie taient relis entre eux par un systme de communication d'urgence en UHF dont l'instigateur avait t Gilles Dufault, VE2UF, directeur gnral de l'hpital Pierre-Boucher. Ce systme d'urgence, avait t tabli il y a quelques annes, et son point de contrle central tait l'hpital Pierre-Boucher de Longueuil.   Mais il fut bien vite vident  que ce systme serait vite surcharg devant l'ampleur du dsastre.

Une partie du traffic de ce rseau fut donc transfr sur le rpteur VE2RXW qui fonctionnait sur alimentation d'urgence sur la montagne de Rougemont. La gnratrice tait  alimente en carburant par des hlicoptres de l'arme.

Ce rseau a fonctionn jusqu'au samedi aprs midi, le 10 janvier,  vers deux ou trois heures, alors que la frquence devint muette. La tour, qu'on venait d'installer quelques annes plus tt, venait de s'crouler une fois de plus sous le poids de la glace. 

Les quipes de techniciens de Marieville essayrent en vain de se rendre au sommet de la montagne, qui n'tait plus accessible que par hlicoptre. Dimanche et lundi, le 11 et 12 janvier, un chemin dut tre ouvert avec des scies mcaniques jusqu'en haut de la montagne. Les arbres taient tombs dans  le chemin conduisant au somet,et les bouleaux qui avaient plis sous le poids du verglas  formaient   comme une vote au dessus de celui-ci. La route tait devenue totalement impraticable.

Quand il fut possible de se rendre  la tour, il fallut tout d'abord remettre en fonction les diffrents services commerciaux. Des supports temporaires furent installs tout autour de la cabane abritant les quipements et de nouvelles antennes furent installes. L'antenne de VE2RAW fut requisitionne pour les systmes de tl-chasseurs. Pour ce qui est de VE2RXW, son antenne tait totalement dtruite et devenue  inutilisable.

Je fus autoris  accompagner les techniciens sur la montagne le mercredi 14 janvier afin d'installer une nouvelle antenne temporaire. Cette antenne m'avait t prte par l'UMS, que  deux courageux amateurs, Patrick VA2FRU et Claude, VE2CGV  taient venus me  porter, en pleine tempte de verglas.

Cette antenne, une diple replie, fut installe tant bien que mal, plutt mal que bien, sur un des supports disponibles essayant de co-habiter du mieux possible avec les autres systmes commerciaux,  surtout, les tl-chasseur. Juste comme exemple, notre antenne tait installe  deux pieds de l'antenne d'une compagne de tl-chasseur dont la frquence d'opration tait 143.205. Je n'ai pas  vous expliquer le rsultat. Vous l'avez tous vcu, et certaines oreilles doivent encore en porter la marque.

Mais  force de patience, et de voyages  Rougement, et avec l'aide des techniciens de la compagnie de Marieville et de plusieurs amateurs, nous avons pu, au jour le jour,  amliorer sensiblement le rendement du rpteur en re-localisant certaines antennes, et en effectuant des ajustements, qui taient  recommencer  mesure  que les compagnies commerciales r-installaient leurs quipement. 

Au dbut de juin, la tour fut finalement rige, et les travaux de re-localisation des antennes commerciales purent enfin dbuter. L'antenne du rpteur fut remonte au niveau de 210 pieds dans la tour et les oprations purent reprendre  peu prs normalement. Je dis  peu prs, car il nous restait  trouver une interfrence cause par des missions parasitiques d'un autre systme de tl-chasseur. Ce qui a t fait par la suite.

J'ose esprer que ce nouveau chapitre de j'ai du ajouter  ce rcit sera le dernier. La nouvelle tour de Rougemont semble pour le moment des plus solides. Mais qui sait? La nature,  quand elle se dchane, aura toujours le dernier mot sur les installations humaines. Esprons que la prochaine fois, elle montrera un peu de compassion pour les amateurs surtout ceux de l'ge d'or qui doivent faire fonctionner des rpteurs en des endroits aussi inaccessibles.

C'est ainsi que se termine ce rcit et c'est ici que je met le point final  l'histoire de ce rpteur intimement li  la vie des radio amateurs d'une immense rgion, et d'un club de radio dynamique, l'UMS, qui ont ensemble t les points de ralliement pour la confrrie amateur de la rgion depuis plus de 30 ans.

Et mme si, comme je l'espre,  j'en suis au dernier chapitre, cette histoire n'en est qu' ses dbuts. Il n'en tient qu' vous, les jeunes amateurs, de continuer la tradition par le bon usage que vous ferez des installations que ceux qui vous ont prcd ont mis  votre service au prix de si grands et nombreux sacrifices. 

Les machines doivent tre au service des hommes et non pas le contraire. VE2RXW en est un exemple marquant.

A tous ceux  qui m'avez aid,  sur la montagne ou ailleurs,  vous tous qui m'avez support par vos dons ou vos encouragements depuis plus de 30 ans, un bien sincre merci. Un rpteur comme celui-ci n'aurait pas pu natre ni progresser sans votre support. C'est aussi la raison que je considre VE2RXW comme votre rpteur. 

Aux frres Pierre et Marcel Dulude, merci. Durant toutes ces annes ou le rpteur fut install sur leur proprit du Mont St Bruno, jamais nous n'avons reu la moindre facture aussi bien pour l'lectricit consomme que pour les nombreux transports effectus avec leurs vhicules  neige. A toute heure du jour et de la nuit, je pouvais aller sur la montagne grce  la collaboration et la gnrosit de ces deux hommes.

Et maintenant que nous sommes installs sur le mont Rougemont, c'est Michel, VE2KYP, propritaire des installations, qui nous facilite l'existence en mettant  notre disposition, hommes, quipements et vhicules.

Quelqu'un avait dit il y a longtemps, dans les tout dbuts du rpteur, que VE2RXW tait un rpteur avec une personnalit. Ce que cette personne avait oubli d'ajouter, c'est que cette personnalit, c'est la somme de toutes les personnalits qui utilisent cette frquence. C'est la vtre. Ce que cette machine sans me reflte  la sortie de son metteur, c'est ce que vous lui confiez  l'entre. C'est le reflet de ce que nous sommes collectivement. 

Et je vais ajouter pour tous les nouveaux qui nous coutent en ce moment, qu'un rpteur, ce n'est pas la totalit de la radio amateur. Ce n'en est qu'une trs petite partie. Il y a tellement plus que cela. Essayez de faire l'effort d'aller plus loin. Exprimentez d'autres modes. Passez aux niveaux suprieurs de ce passe temps extraordinaire qui vous ouvrira, tout au long de vos vies, des horizons nouveaux et des amitis durables.   

Il n'en tient qu' nous d'tre fiers d'tre des radio amateurs  ou d'en tre gns.  Le choix est entre nos mains.

Jean-Guy Renaud, VE2AIK.   Les beaux dimanches, 30 aout 1998
                                                12 septembre 1999



